Vieille au passé ou ancienne au présent ?


Est-on vieux à 40 ans ? Les propriétaires de diesel pensent que oui. Faut dire que le français leur permet d’utiliser une rhétorique bizarre : comme l’autre jour sur le parking du bureau, « on n’en voit plus » alors qu’ils l’ont devant les yeux ou « c’était une bonne voiture » affirmant de fait qu’elle ne peut faire partie du présent.
Imaginons ces mêmes commentaires attribués au patrimoine bâti : « c’était un bon château, quand même ». D’ailleurs on ne dit jamais un « vieux » château, comme on dit une « vieille voiture » ou « un vieux film ». Alors, je pose la question, faut-il avoir été populaire pour être vieux, un jour ?
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Mais, si nous inversions le principe qui veut qu’on grave dans le marbre l’histoire d’une bâtisse à laquelle on tient et qu’on griffonne sur un bout de papier celle d’une voiture ancienne. Traitons notre sujet comme s’il s’agissait d’un monument historique…
Renault 16 TL, 1974, blanc 355, sièges simili noirs, moquette rouge et vitres feuilletées teintées ton vert. La calandre alu est caractéristique du design 1965-1974. L’année suivante, les calandres seront faites de plastique noir. Ce modèle a été construit au Havre, sur les chaînes de Sandouville et commandé par M. X à l’époque célibataire et vivant dans la campagne de Plouescat. Il a fait un court séjour chez un second propriétaire, M. Y, qui vivait dans un lotissement près de Rosporden, cette fois en Finistère sud.
Peu de modifications sur cette voiture qui dispose toujours d’une radio AM-FM, qu’on utilise peu aujourd’hui. Le propriétaire actuel envisage d’y installer des ceintures à enrouleur mais le projet est en débat auprès du service des Monuments Historiques. Même si cet équipement n’était pas installé d’origine sur ce véhicule, une issue positive est envisageable, pour deux raisons : 1. on pouvait les commander en options auprès de la concession en 1974; 2. les ceintures d’origine R16 permettraient de retirer l’unique ceinture arrière qui provient d’une Renault 20 (ce qui est inacceptable d’un point de vue historique et contraire à l’esprit des années 70). Il est donc probable que les travaux demandés redonnerait une finition plus cohérente à la voiture.
Un projet de rénovation plus conséquent est envisagé dans un second temps, respectant les caractéristiques de l’époque. Ce qui permettrait de restituer la couleur d’origine autour de la plaque d’immatriculation : des documents d’époque attestent que, sur ce modèle, l’aplat noir installé à cet endroit est quelque peu désinvolte. Une expertise est en cours pour extraire les pigments d’origine et parvenir à une décision définitive. Par contre, la demande d’implantation d’un système d’air conditionné ne pourra être autorisé, sachant que seuls les modèles TS ou TX pouvaient s’en prévaloir. La pose d’un iPhone sur le cendrier ouvert est toléré pour la simple raison qu’il est aisé de revenir à la situation originelle sans dégradation du support.
Enfin, il est fait remarqué qu’il n’y a pas de projet d’acquisition d’un « chien avec la tête qui remue » pour la plage arrière. Et ceci, malgré l’insistance des services compétents et l’indication expresse portée sur l’avis conforme. Le propriétaire actuel fait valoir que ce penchant pour les animaux factices n’est pas de portée universelle, contrairement à ce que sous-entendent les autorités. Une étude sociologique issue d’une entente universitaire néerlando-française prouve par ailleurs que ce véhicule pouvait être acquis indifféremment par des clients de milieux populaires ou par des personnes issues de la classe moyenne (dont la pratique était plutôt d’y poser un chapeau de paille, voire deux, ou un parapluie, selon les régions).
Nous noterons qu’il est ironique pour une voiture n’ayant jamais quitté la Bretagne qu’elle en porte les couleurs depuis l’origine : extérieur blanc, intérieur noir.
Il est à noter que contrairement à de nombreuses fabrications industrielles actuelles, cette voiture garde toute sa pertinence dans la fonction première qui lui était assignée : rouler sur des routes carrossée en emportant quelques personnes et différents objets. L’aspect précurseur n’est ici plus à démontrer (hayon qui en étonna plus d’un, sièges arrière qui libèrent l’espace, etc.). Ce qui tend à prouver que certaines innovations sont copiées et reprises par les concurrents, tandis que d’autres font la fierté d’une époque et restent des prouesses sans lendemain (Minitel, Concorde, Aerotrain, Second life…).
Cette voiture est issue d’une production de 1 845 959 exemplaires de Renault 16.

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