Janvier 1973, Queensland-Australie, 13 000 kms non stop


Le magazine "The Wheels" avril 1973

Fin mai 2011, le forum « Aussiefrog » (forum australien consacré aux voitures françaises) évoque une expérience totalement folle qui s’est déroulée sur un circuit du Queensland en Australie: 8 000 miles non stop dans deux Renault, une R16 TS et une R12 GL, en 7 jours et 7 nuits. Soit l’équivalent de 5 aller-retour Paris-Brest ou de 20 aller-retour Rennes-Brest, ou encore de 250 aller-retour en Plouegat-Guerrand et Plouegat-Moysan par la RD42. Timbrés les aussies quand ils prennent des voitures froggies…

« C’est une blague ou quoi ? 8 000 miles ? En une seule fois avec ces froggy cars ? Oh ! c’est pas des V8 US, les gars ! » Huit minutes après avoir essuyé les sarcasmes des spectateurs, un dimanche soir, MM. French (le bien nommé) et Tait prirent le volant des deux voitures, le premier dans la Renault 16, le second dans la Renault 12.

Tout était planifié depuis des semaines. Comme une opération militaire. L’enjeu est de taille: les voitures ne doivent à aucun moment stopper leur marche en avant. Le plein est fait en roulant, de même que le changement de chauffeur et l’entrée et la sortie des passagers – conducteurs. Une équipe technique de 42 personnes accompagne le convoi et encadrent les 224 personnes qui entreront dans les voitures. Ces derniers étaient médecins, profs, vendeuses, etc. accompagnés de quelques pilotes de course. Chacun devait répondre à des instructions très précises et conduisait environ 3 heures. La rotation des occupants se faisait au moment du renouvellement du carburant, en roulant.

Dès le départ, la Renault 16 pris une bonne avance pour ménager un espace entre les deux voitures, pour éviter un éventuel « sur-accident » comme on dit aujourd’hui. Les Renault étaient équipées d’une radio en lien permanent avec un PC basé dans les locaux du Circuit  Queensland. Mais, la première nuit, la Région connu une panne d’électricité qualifiée d’historique qui coupa court à toute relation entre le PC et les voitures, tandis que la pluie redoublait sur la route. C’est dans ses conditions, à très petite vitesse et éclairé par des lampes torches que le premier changements d’occupants s’est déroulé et parfaitement sans encombre.

Le premier incident est arrivé à la Renault 12 le lundi dans la soirée. Le thermomètre indiquait une température supérieure à la normale, apparemment causée par une batterie qui chargeait exagérément (« the battery was overcharging« ). Une solution fut proposée immédiatement: allumer les feux. L’aiguille du thermomètre revint à un niveau normal. Fin du psychodrame.

La nuit du lundi au mardi, tout était impeccable. Pas de pluie, pas de voyant allumé, juste un tour de circuit après l’autre accomplis autour de 2 minutes 25 secondes de moyenne. L’éclairage pointé sur les voitures éclairait comme en plein jour. Les réflexes devenaient automatiques et les voitures tournaient tranquillement, à la grande joie des équipes qui connurent une nuit sans histoire.

Rolling pit

À 6 heures du matin, le mardi, les voitures avaient accompli 1 700 miles quand apparut le premier vrai problème. Des pneus Michelin particuliers équipaient les voitures. Ils étaient prévus pour tenir pendant toute l’expérience. Mais le bitume du circuit était trop abrasif et dès le mardi et le pneu avant gauche des deux voitures était trop abîmé. Il fallait les remplacer. Bien que réticente à l’exercice, l’équipe « Michelin », présente sur place, fit un travail monstrueux . « OK les gars, faîtes approcher la voiture pour changer les pneus. Nous avons répété ce travail une douzaine de fois. Mais Bon Dieu, faîtes le sans arrêter la voiture ! »

« Bon, GL, ralentit ! ralentit ! MOINS VITE ! Tu vas trop vite, putain ! Installez le cric, les gars ! Ok. Soulevez-là. Ok, impeccable. Continue de rouler. Embraye un peu. Bien. Bien. Virez moi ces écrous, les gars ! Vite ! La roue. Alignez moins les trous, ok, vissez fort – oui, très bien. Maintenant, nous allons redescendre le cric alors n’embraye pas, ok ? Bien. Virez moi ce cric ! Super ! » Une minute et vingt secondes et l’équivalent de six longueurs de voiture pour changer une roue.

Pas d’autre incident dans la journée sinon une collision avec un oiseau de belle taille, qui ne survécu pas… Plus de peur que de mal.

« Ramène la bagnole ! »

La mercredi soir, autour de 18 heures, 3 456 miles avaient été parcourus, en 72 heures. Il restait 92 heures à tenir. Ce fut la nuit de tous les dangers. Le chauffeur pour la période de minuit – trois heures fit une embardée avec la Renault 16 TS vers une heure du matin et se retrouva en dehors du circuit. La voiture s’est-elle arrêtée ? Non, il continua de rouler et remit la voiture sur la piste, penaud et attendant les ordres de la tour de contrôle ! Ce qui ne tarda pas.

« Ramène cette putain de bagnole, Stirling Moss ! On change de chauffeur. »

Tout ne peut pas être parfait ! Il n’y eut aucun autre incident cette nuit là. Une était suffisante.

Le jeudi, le vrai problème était la fatigue. Celle des chauffeurs et celle du staff. Lassitude du milieu de semaine, peut-on dire ! Trop de personnes à la limite, « brûlant la chandelle des deux côtés ». L’avertissement vint lors d’un changement de chauffeur. Celui qui cédait sa place toucha le frein du pied en sortant et la voiture fit un saut de grenouille vers l’avant, à la limite de caler quand un membre de l’équipe saute dans la voiture la tête la première pour enclencher l’embrayage et permettre au moteur de repartir. Désastre évité de justesse.

Jeudi soir, 21 heures, les deux voitures avaient parcouru 4 752 miles en 99 heures. Dans les temps !

Queensland en France

La fatigue se lisait dans les yeux. Les voitures tournaient. Les lumières suivaient les courbes et les lignes droites. Il restait 67 heures à tenir. Un défilé de spectateurs se relayait au bord de la piste. L’intérêt commençait à monter: la télévision française souhaitait obtenir les images et la presse de Sydney demandait de quoi il s’agissait.

Et l’épreuve se poursuivait, le vendredi et le samedi, sans le moindre problème.

Dimanche était le grand jour. Le maire de la Gold Cost vint sur la piste pour lever le drapeau pour le dernier passage de la ligne. Les équipes de télévision commençaient à se montrer et les spectateurs vinrent en nombre, pour beaucoup dans des Peugeot ou des Renault. Les trois derniers tours étaient fantastiques, avec de nombreuses voitures qui suivaient le parcours des deux voitures vedettes. La scène évoquait plus la France que le Queensland.

Quand tout fut achevé, le champagne coula à flot et la conversation sur les courses d’endurance dura jusque la nuit.

Les chiffres de l’expérience

Distance: 8 159 miles (13 130 kms); consommation de la Renault 12 GL: 37,8 mpg; consommation de la 16TS: 29, 1 mpg; consommation d’huile: autour de 55 centilitres par voiture; la vitesse moyenne: 48,56 miles par heure (78 km/h); durée de l’expérience: 168 heures, non stop.

Merci à Jean-François du Québec pour son aide à la traduction.

Une réponse à “Janvier 1973, Queensland-Australie, 13 000 kms non stop

  1. Très belle aventure au pays des Kangourous !

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